Pourrie, une vie de princesse
Eugénie a neuf ans. C’est une princesse. Coincée entre un frère qui ne pense qu’à creuser un trou pour s’y enterrer et une soeur qui veut tellement se marier qu’elle est prête à épouser son frère, elle n’en peut plus. Rêve d’une vie « normale », « génialement normale », dans laquelle elle retrouverait ses parents, des gens normaux, à qui elle imagine avoir été arrachée par cette famille royale pourrie. Eugénie veut fuir, Eugénie veut escalader le grand portail, voir le monde, ne pas être reconnue, échapper au programme qu’on lui impose quotidiennement. Ras la casquette des visites de maison de retraite et des inaugurations d’autoroute, c’est décidé, elle part ! Mais la vie « normale » dont elle a tant rêvé se révèle bien plus compliquée qu’elle ne l’imaginait. Impossible de trouver les parents idéalement normaux qu’elle cherche, tous les adultes sont tordus, compliqués, enfin, surtout, « pas normaux comme elle ». La rencontre avec un ours dansant sur le point de mourir l’aidera à sécher ses larmes, à dire sa colère et à grandir en découvrant l’amitié.
Loufoque, donc, et pleine de poésie, la trame de cette histoire se tient pourtant étonnamment bien. On rit, on est touché, tout semble clair et lisible. Les choix d’Édouard Signolet, qui a dirigé les comédiens, sont efficaces, évidents, intelligents. Ils font ressortir tant la poésie du texte de Sofia Freden que l’humour de ses personnages. Les comédiens interprètent avec talent des personnages déglingués. Et la lumière toujours allumée dans leurs yeux ouvre des perspectives bien plus vastes que de simples moments humoristiques. Ils parlent aux enfants en ne les prenant pas pour des idiots, en parlant vrai. À partir de là, l’enfant enfoui à l’intérieur de chaque adulte se réveille, jubile, et en demande « encore ». ¶